Au Maroc, l’expression « filles qui sortent » désigne celles qui
fréquentent les night-clubs et les bars la nuit pour gagner leur
vie. Au-delà du fait prostitutionnel, le « sortir » renvoie aussi
plus largement aux distances qu’une partie de la jeunesse
féminine des classes populaires prend avec les normes, la
moralité et la respectabilité. Loin d’être confiné à la marginalité, le sortir joue sa partition dans les métamorphoses de
l’ordre sexuel et intime dans un contexte d’essor de l’économie
du divertissement et d’accroissement des inégalités. Y émergent de nouvelles valeurs qui remettent en cause les régimes
moraux et juridiques tout en réaffirmant l’ordre hétérosexuel.
Cohabitant avec une dizaine de jeunes femmes engagées
dans le sortir à Tanger, Mériam Cheikh a mené une ethnographie longitudinale sur sept ans. À l’intersection de la
génération, du sexe et de la classe, elle analyse des trajectoires où se succèdent socialisations familiale et scolaire,
élaboration de la sexualité et insertions professionnelle et
matrimoniale. Les filles qui sortent. Jeunesse, sexualité et
prostitution au Maroc revient sur l’expérience dans le sortir,
de l’engagement au désengagement, croisant anthropologie
urbaine, anthropologie économique et anthropologie du droit.
Mériam Cheikh est anthropologue spécialisée dans l’étude de la
dissidence morale des jeunes des classes populaires au Maroc.
Son travail se concentre sur les processus de transformation de
la sexualité, de l’intimité et des rapports de genre à l’œuvre
au sein des contre-cultures juvéniles marocaines. Elle est Marie
Skłodowska-Curie Fellow au Department of Islamic and Middle Eastern Studies de l’Université d’Édimbourg