RD Congo/État islamique : La réaction des Etats-Unis et les dessous des cartes – B. Musavuli
Le département d’État américain a évoqué la menace d’un terrorisme islamiste dans l’est du Congo en utilisant un acronyme lourd de sens : ISIS-DRC. Dans sa note du 10 mars 2021, le département d’État désigne nommément un homme : Seka Musa Baluku comme étant le chef de l’État islamique d’Irak et de Syrie en République Démocratique du Congo. Nous avons mené des recherches pour en savoir davantage sur l’évolution de la crise sécuritaire dans l’est du Congo, et identifier les dynamiques politico-militaires qui ont pu mener à la focalisation sur ce personnage. Qui est Seka Baluku ? Est-il vraiment le tout puissant chef militaire djihadiste qui sème la désolation au Congo au nom de l’islam ?
L’ennemi d’Etat ? Seka Musa Baluku est un homme bien connu en territoire de Beni où il vit toujours sans être vraiment inquiété, malgré l’impressionnante militarisation de ce petit territoire où se concentrent des milliers de soldats FARDC et des casques bleus, officiellement en lutte contre son mouvement, les « ADF ».. C’est un ancien cadre des ADF originels, le mouvement de Jamil Mukulu, une ancienne rébellion ougandaise dont les membres, convaincus qu’ils ne prendraient jamais le pouvoir en Ouganda, s’étaient résignés à s’implanter en territoire de Beni, province du Nord-Kivu, en 1995. Seka Baluku devait alors avoir 18 ans. Le destin de Seka Baluku va radicalement changer à la suite des évènements géopolitiques totalement étrangers à son organisation, lorsque le M23, une milice tutsi, s’empare de la ville de Goma, le 20 novembre 2012. C’est l’effet papillon dont les conséquences cataclysmiques vont se produire à 300 km plus loin, dans les campagnes de Beni, mais personne n’en sait encore rien. La chute de Goma provoque la consternation internationale. Elle a pour mandat de « neutraliser les groupes armés ». Sont nommément cités au § 8 de la résolution historique, le M23, les FDLR et les ADF. La brigade de 3069 militaires en provenance d’Afrique du Sud, de la Tanzanie et du Malawi, dispose de trois bataillons d’infanterie, une compagnie d’artillerie, une force spéciale, une compagnie de reconnaissance et d’importants moyens d’appui aériens.
Le 13 octobre 2013, Jamil Mukulu est visé par les sanctions de l’ONU et sa situation devient précaire au sein de son organisation, ce dont va profiter son numéro 2, Seka Baluku. En ce mois d’octobre 2013, la guerre fait rage dans le nord de Goma où les troupes du colonel Mamadou Ndala, épaulées par la brigade d’intervention de la MONUSCO, sont en train de gagner du terrain sur le M23.
Pour revenir aux rivalités créées par Joseph Kabila entre Jamil Mukulu et Seka Baluku, il nous revient que les motivations de Kabila n’étaient pas seulement de l’ordre de la stratégie militaire (diviser l’ennemi pour l’affaiblir
2. Joseph Kabila et le renouveau des « ADF »
Avril 2014 : . C’était au bout de quatre mois de combats intenses qui avaient coûté la vie à plusieurs centaines de soldats des deux côtés, mais les troupes du général d’heureuse mémoire avaient triomphé. Bahuma amena des journalistes et même les délégations officielles du gouvernement ougandais dans les différents sites où étaient implantés les ADF originels. Un grand moment de soulagement pour la population de Beni qui va pour la première fois, depuis 1995, vivre dans la liberté, débarrassée de cette mafia ougandaise. D’un effectif de 1.500 combattants, fin 2013, il ne restait des ADF qu’un no
Seka Baluku ressuscité par le général Mundos
Sa mort provoque une profonde consternation et la quasi-certitude que la joie de la population de Beni venait de prendre fin. Tous les ennemis du général d’heureuse mémoire vont désormais se déchainer sur Beni.
Quelques mois avant sa mort, la population de Beni et même les militaires, constataient une attitude étrange du régime de Joseph Kabila et ses responsables locaux et provinciaux. On voyait affluer des vagues des migrants rwandais qui disaient venir cultiver leurs champs à Oicha, Eringeti, Boga, Chabi,… « Leurs champs ? » Comment ont-ils acquis ces champs ? Pour revenir au plan militaire, deux jours seulement après l’annonce de sa mort, Bahuma est remplacé à la tête de l’opération Sukola 1, à Beni, par le général Charles Akili Muhindo, dit Mundos, un ami personnel de Joseph Kabila et son homme de main dans le territoire de Beni. Mundos a déjà pris contact avec les hommes de Seka Baluku, mais non seulement avec eux. Il a aussi pris contact avec des groupes armés locaux que le général Bahuma avait pourtant déjà défaits et réduits au silence. On ne sait pas avec précision quelles sont les intentions de Joseph Kabila en ces moments d’automne 2014.
La fabrication du terrorisme islamiste artificiel
En effet, nous sommes en 2014 et, à l’autre bout du monde, une organisation appelée ISIS/DAESH est en train de ravager la Syrie et l’Irak en renvoyant dans les médias les images d’une cruauté insoutenable.