Avec le récent succès du FPÖ aux élections législatives autrichiennes, ainsi que la progression de l’AfD lors d’élections régionales dans trois Länder de l’est de l’Allemagne, la poussée des partis d’extrême droite au sein de l’Union européenne se poursuit.
Invitée: Natasha Wunsch, professeure, directrice du centre d’études européennes à l’Université de Fribourg
Présentation: Laurent Huguenin-Elie
Le 29 septembre dernier, le FPÖ est arrivé en tête des élections législatives autrichiennes avec 29% des voix, soit une progression de 13% par rapport au scrutin de 2019. Son président Herbert Kickl a salué "l'ouverture d'une porte sur une nouvelle ère".
Connu pour ses positions radicales, le quinquagénaire est anti-système et surtout anti-immigration: il prône l’expulsion massive des migrants et la remigration, c’est-à-dire l’expulsion d’étrangers munis d’un titre de séjour ou naturalisés, vers leur pays d’origine. Malgré le score électoral historique de son parti, Herbert Kickl n’est pourtant pas certain d’arriver au pouvoir: aucun parti ne veut pour l’instant s’allier à lui.
Séduction auprès de jeunes électeurs
En Allemagne, l’AfD a massivement investi dans sa communication sur les réseaux sociaux. Une stratégie qui s’est avérée payante aux élections régionales du mois de septembre. Le parti a obtenu chez les moins de 24 ans des scores supérieurs au reste des votants: 38% en Thuringe et 31% en Saxe et dans le Brandebourg. L’essor de cette formation, notamment parmi les jeunes, fait vaciller les partis traditionnels et impacte la vie politique allemande.
L'Allemagne a ainsi annoncé vouloir instaurer des contrôles à l'ensemble de ses frontières pour lutter contre l'immigration illégale. "Comme dans beaucoup d’autres pays, les partis traditionnels ont le mauvais réflexe d’essayer de contrer la montée de la droite radicale en s’appropriant certaines de leurs propositions. C’est une stratégie perdante", estime Natasha Wunsch, directrice du Centre d'études européennes à l'Université de Fribourg, dans l’émission Géopolitis. "Je crains qu’à terme, ce durcissement de l’immigration en Allemagne ne renforce l’AfD plutôt que de l’affaiblir".
Progression de l’extrême droite dans l’UE
Aux Pays-Bas, le parti de la liberté, le PVV, a remporté les élections législatives en novembre dernier. Mais son dirigeant Geert Wilders a dû se résoudre à renoncer à être Premier ministre faute de soutien, mais avec plusieurs ministères - dont ceux de l’asile et des affaires économiques - le PVV influence la politique nationale.
Depuis une vingtaine d’années, les partis de droite radicale ont gagné en popularité. Au sein de l’Union européenne, l’extrême droite est à la tête du gouvernement en Italie et en Hongrie. En Croatie, en Slovaquie, aux Pays-Bas et en Finlande, elle y participe.
Selon la professeure en études européennes, ces formations politiques partagent un socle commun: "Un certain conservatisme culturel qui s'attache notamment à un rejet de l'immigration. Il y a par ailleurs un rejet de tout ce qui est mesure contre le changement climatique, une contestation même de l'existence de ce changement climatique. Et il y a troisièmement une crainte économique qui amène à privilégier le cadre national, le rejet du supranational et le rejet notamment de l'Union européenne comme niveau supérieur de gouvernance."
Au sommaire:
00:00 L'Europe des extrêmes droites
01:28 Dans l’Union européenne, des extrêmes droites en plein essor
05:07 Natasha Wunsch: "On trouve leurs électeurs dans toutes les couches sociales"
10:09 L’AfD séduit les jeunes électeurs allemands
12:30 Natasha Wunsch: S’approprier certaines propositions de la droite radicale "c’est une stratégie perdante"
16:35 Relations houleuses entre Viktor Orbán, au pouvoir en Hongrie depuis plus de dix ans, et l'Union européenne
19:02 Natasha Wunsch: "Ce que propose Victor Orbán ne fait pas sens dans le contexte démocratique européen"
23:53 Après la chute du mur de Berlin, la désillusion devient un terreau favorable à l’émergence de l’extrême droite
Le site de Géopolitis : https://www.rts.ch/emissions/geopolitis/
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