Covid: critique philosophique

Опубликовано: 11 Июль 2026
на канале: La Caverne des idées
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Peut-on faire une critique philosophique du covid? Que diraient les grands philosophes de la crise du coronavirus ? Eh bien… il suffit de leur demander.
1) Machiavel
Machiavel se serait intéressé à la communication d’Etat. Machiavel , dans la lignée de Leon Battista Alberti ou Giovanni Pontano , dit bien qu’il faut parfois tromper les citoyens pour gouverner. Le Prince est souvent obligé, pour maintenir l’Etat, de prendre des libertés avec la vérité. Il y a des tromperies utiles. Mais attention : pour Machiavel, si vous empruntez la voie de la tromperie, il y a une règle absolue à respecter : « Ce qui est absolument nécessaire, c’est de savoir bien déguiser cette nature de renard, et de posséder parfaitement l’art et de simuler et de dissimuler. » Si vous n’arrivez pas à dissimuler, vous vous exposez au ridicule , ou pire, à la défiance de la population . Retenez donc la leçon et ne trompez que si vous êtes certains de pouvoir tromper jusqu’au bout, et sinon, comprenez que l’époque du Prince de Machiavel est révolue, l’information circule trop vite, et qu’il vaut mieux dès le début jouer la carte de la transparence. Mais venons-en maintenant à la partie la plus délicate de toute cette affaire…
2) Bentham et Mill
A coup sûr, les utilitaristes comme Bentham et Mill auraient eu quelque chose à dire sur le confinement. Pourquoi ? Parce que c’est une mesure massive, et que toute mesure massive court un grand danger. Ce danger, c’est l’effet de victime identifiable .
Qu’est-ce que c’est que l’effet de victime identifiable ? Imaginons qu’il y ait une menace qui pèse sur un groupe de victimes directes, faciles à repérer, et une autre menace plus diffuse, plus indirecte, sur des individus difficiles à repérer. Naturellement, notre attention morale va se porter sur les victimes directes, faciles à identifier, présentables au journal télévisé . Et naturellement aussi, on va oublier les victimes indirectes, anonymes, difficilement identifiables.
Singer note par exemple que l’Angleterre a eu 2 millions de retards dans le dépistage et le traitement du cancer à cause du confinement. Conséquence estimée, 60'000 morts supplémentaires , soit plus que les victimes anglaises du covid à la même époque.
Il y a aussi les millions de personnes tombées dans le chômage. L’extrême pauvreté, en chute rapide depuis plusieurs années, qui a remonté cette année, avec, début octobre, 37 millions de personnes à nouveau en extrême pauvreté, donc davantage menacées par la faim, la maladie et la mort. Conjuguée à la fermeture des écoles, l’extrême pauvreté a également redonné un élan au travail des enfants . Singer dit donc qu’il est possible que le bilan moral du confinement soit négatif, surtout en prenant en compte l’âge des personnes concernées. Car logiquement pour un utilitariste, les vies jeunes ont davantage de valeur, l’unité de comparaison n’étant pas le nombre de vies, mais le nombre d’années à vivre .
3) Aristote
Les médias ont donné un sentiment d’évidence. Il n’y a pas d’alternative, la politique suit une démarche scientifique, il y a un débat technique, mais pas de débat sur les valeurs, sur ce qui rend la vie digne d’être vécue. Pourquoi ? Eh bien parce que la valeur absolue était déjà définie, et c’était la santé, prise dans un sens minimal, la préservation des fonctions vitales. Pour Aristote, ce serait une inversion de valeurs. Pour lui la santé, c’est pas une valeur absolue, c’est pas une fin en soi, c’est une fin relative. Tout simplement parce que, comme il le dit dans le livre I de l’Ethique à Nicomaque , nous cherchons la santé pour être heureux, la richesse pour être heureux, l’honneur pour être heureux mais pas l’inverse. La seule fin absolue, qui doit guider notre action, c’est le bonheur, l’eudaimonia : je suis heureux… pour être heureux . Renverser les hiérarchies, placer la santé au-dessus de l’eudaimonia , au-dessus de la recherche de la vie bonne, c’est le symptome d’une société qu’on peut appeler hygiéniste ou panmédicaliste.
Ça, pour Aristote, c’est une erreur. C’est la politique, pas la médecine, qui doit être la science suprême et architectonique par excellence. C’est elle qui détermine quelles sont parmi les sciences celles qui sont nécessaires dans les cités .
Si vous avez envie d’autres analyses du Covid par des philosophes, dites-le moi en commentaire, je le fais volontiers.

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