Ethique et finitude : Euthanasie et vulnérabilité

Опубликовано: 12 Июль 2026
на канале: Philosophies TV
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Ethique et finitude 44, Euthanasie et vulnérabilité par Danielle Moyse

Sommes-nous donc à la veille, en France, d’une forme de légalisation de la possibilité de demander la mort, ou de se suicider, dans certaines circonstances ? Pourrons-nous échapper à une telle légalisation qui, sous une forme ou une autre, ne cesse de s’étendre dans le monde ?

Il est frappant de constater en effet combien, en 20 ans, ce phénomène s’est étendu à des pays de plus en plus nombreux. Au début des années 2000, cette autorisation législative concernait principalement les Pays bas et la Belgique. En Suisse, l’assistance au suicide était et demeure autorisée dès lors que l’aide apportée n’est pas motivée par un « mobile égoïste » suivant l’article 115 du code pénal du pays. La mise en pratique de cette autorisation étant assurée par des Associations (Exit, Dignitas) provoque un nombre conséquent de demandes en provenance de l’étranger, en particulier des pays limitrophes.

Mais la tendance euthanasique s’étend désormais très au-delà de ces quelques nations, considérées comme « pionnières » par les partisans de ces pratiques. Le Luxembourg a dépénalisé l’euthanasie active en 2009, la Colombie en 2015, le Canada en 2016 et l’Espagne en 2021.

Est-ce cela être moderne ?
De fait, il est assez frappant que des pays théoriquement réticents à l’idée que l’homme aurait le droit de se suicider ou de demander la mort, en raison d’une culture dominée par la religion catholique, comme l’Espagne ou le Portugal aient récemment ouvert la porte à de telles usages.

On peut en déduire que cela confirme la prophétie angoissée de l’ « insensé », annonçant la mort de Dieu dans le paragraphe 125 du Gai savoir, ou le diagnostic par lequel Martin Heidegger décrivait le mouvement de fond à la faveur duquel l’homme a cessé, au XVII ème siècle, de se concevoir comme « enfant de Dieu » pour s’affirmer comme Sujet. Or, cela correspond à une orientation générale au cours de laquelle l’homme a fini par se concevoir lui-même comme fondement de l’ensemble des phénomènes, en particulier de lui-même. Il aura fallu presque trois siècles pour que ce mouvement prenne corps, se réalise au sens exact du terme, c’est-à-dire entre dans le réel.

L’avènement effectif de l’homme auto-fondé est donc en cours. Quels en sont les dangers ? Est-ce l’affirmation ultime de la liberté humaine ? Ou devons-nous nous inquiéter de l’apparition effective de l’homme autoproduit, auto-transformé ( le transhumanisme obéissant à la même logique ), auto annulé, et arraisonnant les forêts, les océans, l’eau et le vent en fonction de ses besoins ? Car même s’il est évident que peut se conjuguer à la fois la défense de la nature et l’approbation de la dépénalisation de l’administration de la mort, chez certains écologistes, c’est pourtant la même logique qui promeut l’homme auto-producteur, et l’homme dominateur et destructeur de la nature.

Être vraiment moderne est-ce confirmer la tendance à la domination de tout, y compris de sa propre vie, ou bien est-ce cette culture de l’autofondation qui affaiblit les liens, menace non seulement les personnes les plus vulnérables et, plus largement, met en péril la possibilité d’habiter la terre ? Être moderne, est-ce aller jusqu’au terme de cette tendance qui renvoie l’individu à une maîtrise, de soi et de l’ensemble des phénomènes, absolue, ou est-ce faire apparaître l’impasse à laquelle nous mène ce mouvement, pour tendre la main à la vulnérabilité qui appelle la solidarité, et cultiver le souci de tout ce qui sur cette terre demande soin et protection ?

Bien sûr, on peut avoir envie de mourir dans certaines circonstances, et il n’est pas même nécessaire d’être à la dernière extrémité, ou atteint d’un handicap sévère pour connaître cette tentation, qui demande à être écoutée et entendue. Mais être moderne ne serait-ce pas accompagner les êtres en souffrance, et non les abandonner à leurs seules prérogatives ?
L’ultime victoire de la conception de l’homme auto-fondé est-elle vraiment la victoire de l’homme ou la consécration de la barbarie ?
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