Concert de l'Harmonie de Saint Jean de Braye, le 31 mars 2012.
Pie Jesu, Gabriel Fauré, arr. Robert van Beringen
Direction Alain Coudrais
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La Messe de Requiem en ré mineur, op. 48 de Gabriel Fauré, est l'une de ses œuvre les plus connues et les plus jouées.
L'histoire de sa composition s'étend de 1887 à 1900. Elle fut créée le 16 janvier 1888 au cours de funérailles dans l'Église de la Madeleine. Le passage le plus célèbre de l'œuvre est sûrement l'air pour soprano Pie Jesu, pouvant être chanté par un garçon ou une femme. On doit à Camille Saint-Saëns, maître de Fauré à l'école Niedermeyer, une formule qui n'est évidemment pas à prendre au sens propre : « Ton Pie Jesu est le SEUL Pie Jesu, comme l'Ave verum de Mozart est le SEUL Ave verum. ». Inutile de préciser que l'histoire compte bien d'autres mises en musique de ces textes liturgiques.
Le Requiem a été composé sans intention particulière, selon les mots mêmes de Fauré : « Mon Requiem a été composé pour rien... pour le plaisir, si j'ose dire ! Il a été exécuté pour la première fois à la Madeleine, à l'occasion des obsèques d'un paroissien quelconque. » Il ajoute : « peut-être ai-je aussi, d'instinct, cherché à sortir du convenu, voilà si longtemps que j'accompagne à l'orgue des services d'enterrement ! J'en ai par-dessus la tête. J'ai voulu faire autre chose. » Fauré en avait simplement assez de jouer toujours la même musique aux funérailles célébrées en l'église parisienne de la Madeleine, où il avait souvent remplacé Camille Saint-Saëns, organiste titulaire, dès 1874, et où il était devenu maître de chapelle en 1877. On ne peut toutefois exclure que des considérations personnelles aient influencé la composition de l'œuvre qui débute après la mort de son père en 1885 et s'achève peu après celle de sa mère, la veille du nouvel an 1888, soit un peu plus de deux semaines avant la première audition de l'ouvrage, le 16 janvier 1888. Le Requiem pourrait alors être considéré comme une expression de la tragédie personnelle de Fauré, même s'il faut noter que ce musicien d'église et organiste n'était « pas croyant, mais pas sceptique », selon son fils Philippe Fauré-Frémiet. Eugène Berteaux ajoute que pour Fauré « le mot Dieu n'était que le gigantesque synonyme du mot Amour ». Cela « semble aller à l'encontre de la réputation d'irréligiosité qui a longtemps accompagné le compositeur ».
Fauré déclara plus tard à propos de ce Requiem : « Mon Requiem, on a dit qu'il n'exprimait pas l'effroi de la mort, quelqu'un l'a appelé une berceuse de la mort. Mais c'est ainsi que je sens la mort : comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d'au-delà, plutôt que comme un passage douloureux... » Du point de vue de la composition musicale, « la simplicité et la « modestie » de cette œuvre célèbre ont marqué le renouveau de la musique religieuse en France bien plus que les modèles historiques de la Renaissance ou des XVIIe et XVIIIe siècles ». Marc Honegger fait aussi remarquer que le sentiment religieux de Fauré est plus présent qu'on ne le pense habituellement : « Ses dernières compositions introduisent dans la musique une expression recueillie, mystérieuse, qui confine au sentiment religieux et témoigne d'une haute philosophie de la vie ».
Le Requiem fut joué en 1924 pour les funérailles de Fauré. Le Requiem atteint les États-Unis seulement en 1931, et encore juste lors d'un concert d'étudiants à l'Institut Curtis en Pennsylvanie. Il ne fut pas joué en Grande-Bretagne avant 1936.