This is a selection of 4 songs by Mathieu Crickboom (1871-1947) from Dix Mélodies Op. 12:
1.Les deux cortèges
3. Crépuscule
5. Là-bas
10. Les Grotesques
World premier by Laurent Naouri and Jocelyn Freeman at Blackheath Halls, 7 April 2022
Text of songs:
1. Les deux cortèges (Joséphin Soulary)
Deux cortèges se sont rencontrés à l'église,
L'un est morne : - il conduit le cercueil d'un enfant,
Une femme le suit, presque folle, étouffant
Dans sa poitrine en feu le sanglot qui la brise.
L'autre, c'est un baptême ! - au bras qui le défend
Un nourrisson gazouille une note indécise ;
Sa mère, lui tendant le doux sein qu'il épuise,
L'embrasse tout entier d'un regard triomphant !
On baptise, on absout, et le temple se vide.
Les deux femmes, alors, se croisant sous l'abside,
Échangent un coup d’œil aussitôt détourné,
Et - merveilleux retour qu'inspire la prière -
La jeune mère pleure en regardant la bière,
La femme qui pleurait sourit au nouveau-né !
3. Crépuscule (Victor Orban)
Enfin voici le soir charmant paisible et bleu,
Celui qui réconforte et qui console un peu.
Parmi l’air immobile un parfum très léger
Se répand tout à coup et semble voltiger:
Ou dirait une odeur d’oliban et de roses
qui trouble et puis endort les êtres et les choses.
Et partout il se fait un grand recueillement
Le jour pesant d’ennui se meurt si lentement
qu’on est las s’espérer le lever de la lune.
C’est une heure bien douce et je n’en sais aucune qui nous pénètre autant
de grandeur, de bonté,
Et de tendre pitié pour notre humanité.
5. Là-bas (Jacques Madeleine)
Là-bas sur la mer
La lune se lève
Dans le lointain clair
Et va, comme un rêve.
La lune se lève...
La lune s’en va...
Oh! Regardons là!
Vers une autre grève,
emportant mon rêve,
La lune s’en va...
Notre vie est brève,
tout part tout s’enfuit.
Dans la mer, la nuit,
s’en va notre rêve.
La lune se lève…
La lune s’en va…
10. Les Grotesques (Paul Verlaine)
Leurs jambes pour toutes montures,
Pour tous biens l'or de leurs regards,
Par le chemin des aventures
Ils vont haillonneux et hagards.
Le sage, indigné, les harangue ;
Le sot plaint ces fous hasardeux ;
Les enfants leur tirent la langue
Et les filles se moquent d'eux.
C'est qu'odieux et ridicules,
Et maléfiques en effet,
Ils ont l'air, sur les crépuscules,
D'un mauvais rêve que l'on fait ;
C'est que, sur leurs aigres guitares
Crispant la main des libertés,
Ils nasillent des chants bizarres,
Nostalgiques et révoltés ;
C'est enfin que dans leurs prunelles
Rit et pleure - fastidieux -
L'amour des choses éternelles,
Des vieux morts et des anciens dieux !
Donc, allez, vagabonds, allez, allez sans trêves,
Errez, funestes et maudits,
Le long des gouffres et des grèves,
Sous l'œil fermé des paradis !