Hymne pour la pluie "Squalent arva soli pulvere multo" Chant Gérard Le Vot, guimbarde Miquèu Montanaro, CD Ultima Lacrima, Chants spirituels du Moyen Age IXe-XIIIe siècles, Paris, Studio S.M., 1997, D 2602. La danse processionnelle au Moyen Âge s'associait au chant comme moyen sonore de protection et de purification contre le mal. Tel est l'hymne : Squalent arva soli pulvere multo, pour implorer le retour de la pluie. Sans doute du Ve-VIe siècles, il provient d'un processionnaire de Sora, Latium, du XIIe siècle.
De structure AAA'B fortement litanique, la mélodie s'achève sur mi aux cadences. Cet hymne, par sa simplicité et sa répétitivité, rappelle les Cantos de Lluvia ibériques. Un rythme déambulatoire lui convient dont les modalités (costumes, postures des participants, parcours de la marche et rituels propitiatoires) renvoyaient sans doute à des survivances magico-religieuses christianisées qui permettaient d’atteindre, dans certains cas, des formes de transes communielles sinon mystiques. Le poète latin anonyme décrit sur huit quatrains décasyllabiques la calamité qui fait souffrir autant la terre, les plantes, les bêtes que les hommes, avant de conclure par une imploration au Christ pour qu'il éloigne sècheresse et famine :
« I Squalent arva soli pulvere multo, / pallet siccus ager, terra fatiscit, nullus ruris honos, nulla venustas, / quando nulle viret gratia florum.
II Tellus dura sitit nescia roris, / fons iam nescit aquas, flumina cursus, / herbam nescit humus, nescit aratrum, / magno rupta patet turpis hiatu…
III Ventis ora flores, bestia ventis, / captantesque viri flamina ventis, / ventis et volucres ora recludunt / hac mulcere sitim fraude volentes.
IV Fetus cerva suos, pignora cerva, / fetus cerva siti fessa recusat, / fetus cerva pios maesta relinquit, / quaesitam quoniam non vehit herbam…
V Iam cælum reseres arvaque laxes / fecundo placidus imbre, rogamus ; / Eliae meritis impia saecla / donasti pluvie, nos quoque dones. »
[I Les champs sont brûlés sous l'épaisse poussière du sol. / La terre desséchée perd ses couleurs, la terre se fend ; / la campagne est sans beauté et sans charme / quand la grâce des fleurs ne la pare point.
II La glèbe dure et sans rosée altérée ; / la source est sans eau, le fleuve sans courant, / le sol ignore l’herbe, ignore la charrue:/ brisée, affreux, il baille par mille crevasses…
III Aux vents, les animaux, aux vents, les bêtes sauvages, /Aux vents, les hommes ouvrent la bouche pour reprendre souffle. / Et c'est aux vents que les oiseaux ouvrent le bec / pour se donner l'illusion d'apaiser leur soif.
IV La biche repousse ses petits, la biche repousse ses enfants, / la biche épuisée de soif repousse ses petits, / la biche désolée abandonne ses chers petits, / parce qu’ils lui demandent pourquoi elle ne leur apporte plus d’herbe…
V Nous Te demandons d'ouvrir le ciel et d'amollir / doucement les champs par une pluie féconde ; / la pluie que, pour les mérites d’Elie, Tu as donnée,/ à une époque impie, done-la-nous aussi]
Références : Rome, B. Apost. Vat., Reg. ms. 334, fol. 74-75v, Processionnaire, vers 1100. Éd. Bruno Stäblein, Hymnen (I), Die mittelalterlichen Hymnenmelodien des Abendlandes, coll. Monumenta Monodica Medii Ævi, Kassel und Basel : Bärenreiter, 1956, n° 1023, p. 494. Texte et trad. Henri Spitzmuller, Carmina Sacra Medii Aevi (Saec. III-XV), Poésie latine chrétienne du Moyen Âge (IIIe-XVe siècle), Desclée de Brouwer, 1971, p. 1174-1177.