Le climat de l’aube
Le Ciel absolu a déposé sur le rivage une lumière d’au-delà
qu’il croyait être un monde plus beau.
Est-ce seulement Lui qui envoûte et étonne les attentes de la Vague unique ?
Celle qui pénètre dans une succession de mondes d’avant « la faute »
l’Amour absolu, jointe aux fils des secrets de l’Univers.
Les chemins dans la nuit claire ne peuvent pourtant pas comprendre
pourquoi l’unité des contraires retrouvée, écarte les ombres menaçantes
et engendre la solitude de l’aube.
Dans ce climat de l’aube, il existe déjà une mystérieuse initiation,
qui nous donne à voir et à entendre hors de nos frontières et de nos murs
les univers-îles et les mers de l’espace entre les univers-îles, l’éternel dans l’éphémère.
Les forces de clarté et celles de l’obscurité n’en finissaient pas de s’affronter.
Ainsi les conflits destructeurs portaient au front une ascèse essentielle et amorale.
Notre violence d’amour était sans doute quelque peu anxieuse,
tourmentée par le monde des ténèbres et du mal.
Dans le calme apparent de la nuit, la mort guettait la naïveté affective
de celui qui quittait tout pour trouver tout aux frontières du fantastique.
Le drame de la liberté sautait aux yeux et au cœur de ces êtres
dans lesquels la nuit écarlate voyageait au bout de la folie.
Dans le monde de l’inquiétude,
il y avait autant de vraies fausses vitres du ciel
que de fausses vraies blancheurs de l’ombre.
Il surgissait de ce crépuscule du matin un point de douleur exquise
où s’entrecroisaient la beauté froide de l’ombre et le rêve lumineux
et irréel des images de femmes.
La barque blanche apparût non submergée encore
par les hautes vagues de désir en plaisir et de plaisir en désir,
mais c’était elle à présent qui cherchait le contact
avec la zone de fragilité, errante et traquée.
Ce fût seulement lorsque l’espace intime tenta de se suicider
en pleine couleur, en pleine lumière, que la douceur de l’air
se rendit compte qu’elle n’était pas la lueur éblouissante
de la belle jeunesse, surtout aux endroits où le soleil
s’ajoutait à une fine pluie d’images.
Au pays de la poésie, il pleut avant l’aurore des mots éperdus,
dont nous ne savons rien ou presque rien de leur respiration dans le cosmos.
Ce n’est pas l’ombre de la parole
qui reconstruit le monde un et nu,
mais la peur d’être interminablement seul
là où habite la beauté convulsive
de la fleur absente sur le sable.
C’est pourquoi il me semble que le sol se dérobe sous mes pieds.
Où se trouve la mer introspective ?
Le long de la frontière qui sépare les divers incidents de rencontres,
il y a toujours l’ordre, l’autorité et le conventionnel…
et le même nombre d’univers inconnus et hostiles.
Sachez-le ! Le climat de la mort nourrit le goût de l’autorité
et le pousse sans cesse vers l’arbitraire et la répression.
Comme dans la fascination douteuse des terres brunes,
il n’y a pas qu’une seule action lugubre,
mais des innombrables beautés vénéneuses
qui se définissent comme les porteuses de la lumière.
Les yeux de la mer pleurent des images de sable et de soleil,
toutes celles que nous ignorons tentent un nouveau commencement.
C’est une question de soleil dans le ventre de la mer.
Qui sait si les chemins qui doivent y conduire
ne sont pas un rendez-vous avec la naissance
impassible et muette dans la mort ?
La lumière de la claire réalité des mots se déverse
sur des pages d’écriture constamment exprimées
par des rapports entre la lumière et l’obscurité.
C’est un déferlement complètement inconnu des vagues sur le rivage.
Le climat de l’aube fait un pied de nez au climat de la mort.
La violence d’amour s’abandonne à l’amour le plus physique
par petites séquences de rêves érotiques imbriquées les unes dans les autres.
Les mystères du sexe défient ce cloaque immonde,
véritable égout à ciel ouvert, inexorablement accroché
au corps silencieux et résigné de l’amour.
Mais l’expression errante ouvre un trou dans ce mur
et s’y introduit, entraînant à sa suite l’invraisemblable
expression directe des sentiments d’infini et de solitude.
Le Système correcteur se justifie toujours avec l’idée
d’une direction donnée par des idéaux collectifs.
N’importe, l’existence personnelle demeure
le centre intense, inattendu de l’expression.
L’individualité est une ascèse.
Text/Photography : Claude4268
Music by YouTube Audio library
Title : Tamalpais
Artist : National Sweetheart