Ce matin-là
Un matin de dimanche à Nice, entre une enfance et la vie d’adulte,
j’ai conçu le projet de partir en voyage dans des choses à dire, des questions à poser.
Il y a dans cette douce nostalgie tout un bruit extraordinaire
de paroles intactes et d’heureux échangements du matin.
Tout est à faire par les mots et tout est à dire par les actes.
Une forme intemporelle éternisée recouvre tout ce qui n’a pas trouvé sa place dans le réel.
J’ai le rocher des Ponchettes aux quatre coins des yeux,
mais aussi et plus profondément sans doute ce vaste engouement
pour les désirs, les rêves, l’imaginaire érotique de mon insolitude,
au point d’y perdre rue de l’Abbaye toute force morale.
Ce matin-là continue de maintenir en vie la fulgurance de l’amour,
sans relâche, là où c’est possiblement vrai, dans l’espoir d’y trouver
le point de connexion, qui se construit au cours des élans et des instants
de la découverte triste du sexe féminin.
Seul le point d’inconnaissance, discrètement glissé sous l’heure éblouie déroulée
d’entre les draps et les couvertures, signale qu’il s’agit d’un saut dans l’inconnu.
Lentement un matin de soleil s’insinue en moi,
la création de la vision n’attend rien d’autre
que le retour aux pratiques magiques.
Je me fiche complètement des mathématiques,
la succession des instants inouïs rayonne par-delà toute logique.
La voie de l’aventure, c’est tout ce qui dérange et n’entre pas dans le code établi.
C’est d’abord et avant tout le retour aux étoiles,
et à la recréation totale de l’univers en vingt secondes.
L’évasion est toujours lointaine, enthousiasmée par la voix des étoiles.
Tout est prêt pour le rêve de l’être unique, même le cerf-volant déposé sur la plage.
Il n’est plus question d’hésiter !
L’essence, c’est le présent à plein cœur.
Dis-moi quelle est ta marginalité du plaisir,
Je te dirai qui tu es à l’orée de nos premières créations du monde.
L’alcool de la chair traverse les mondes entre des brisants opposés.
L’alcool de la chair est toujours en voyage sur fonds d’images fœtales,
sans qu’on puisse dire pourquoi la naissance est un mouvement d’arrachement,
expulsion violente d’avec une île à même les hauts fonds.
On embrasse l’interne, et l’actuel nous reprend.
L’obscurité est inséparable de la lumière.
C’est à l’intérieur d’elles que se déroule cette dissonance.
Les mille et une beautés fascinantes provoquent l’échec
de la pure beauté, qui se regarde elle-même disparaître
dans l’indifférence, la passivité.
Et ce sera la capture du voyageur, qui n’a aucun recours
sur les mensonges éhontés de la présence impure.
L’état de médiocrité, qu’est-ce que cela veut dire ?
Le seul obstacle est l’absence de l’éclair d’amour magique.
C’est le sublime des vrais sentiments
où vont s’enliser les caresses maladroites et confuses.
L’ordre c’est le retour au même.
L’identique déteste la différence,
elle-même définitivement vierge au cœur du néant.
L’identique déteste les pieds nus dans l’aube.
Tout ce que je connais de ce ruissellement de formes,
Je l’ai rapporté d’un clair de nuit ou d’une pâle aurore,
montée Desambrois, ou bien à partir de la colline de Cimiez,
où il devint possible d’avancer, en douceur, un processus d’idéalisation
des brouillards ou des balbutiements figés dans l’existence nue de nos nuits brûlantes.
L’ombre d’un visage jaillit d’une encoignure de mur,
comme une profonde et urgente question : d’où viens-tu vers moi ?
De quel archipel anténatal, après quelle incroyable traversée ?
Visage paysage, de quel point du jour es-tu ?
Parle-moi à l’oreille ; nous rions.
L’endroit est beau trop facilement,
sans apprendre le secret intérieur
de couleur noire sur les espoirs et les peurs.
Il n’en demeure pas moins que l’objet réel, sincère, essentiel
se situe toujours à l’extérieur des formes, dans les sables invisibles
des mots de pure lumière blanche entrecroisés.
Le jour tombe et la nuit se lève pour changer
et organiser le ciel avec les forces du rêve.
Un grand silence s’installe.
Apparaît la saveur ouverte, inachevée d’un pubis noir où gît le délice du lieu intime.
Le jeu incertain des lumières et des ombres ne se trompe pas de chemin.
Je cherche par devant le sexe anal infiniment plus près de son corps de beauté.
Bonjour ivresse !
Il ne faut pas ranger notre désordre, tendre est la feuille de voyage.
Text/Photography : Claude4268
Music by YouTube Audio library
Title : Gridlock
Artist : John Patitucci