Le mythe et l’utopie
L’inexplicablement inexplicable parle peu, écoute beaucoup.
Sans doute ne parvient-il pas à faire taire mes foulées anciennes.
Qu’ai-je donc cherché jusqu’ici dans les formules éparses,
sinon une dernière trace de l’île de chair matricielle.
Les îles heureuses habitent les étoiles.
Quand j’étais enfant, je n’avais nul besoin d’expliquer
ce qui les ramenaient au jour, sans que le monde inconnu
et vaguement ennemi des adultes ne s’en émeuve.
La dimension intérieure est désormais condamnée
à ne plus pouvoir remonter à la surface, où l’attendent
peut-être ses hasards géographiques, lesquels ne savent plus
eux-mêmes comment vivre leur passage sur la terre.
Je suis pris au piège des bouleversements
de l’existence et je ne peux pas expliquer
pourquoi la tentation dans l’inconnu est si désirable.
L’ai-je déjà dit ?
L’enfant dans l’homme est dans le sillage de l’esthétique du sublime.
Et il approche l’absolu ou l’infini au-delà de la spatialité externe.
Le mythe et l’utopie semblent sortis de l’enfance de l’être.
Le monde avec lequel ils nous sont présentés
s’apparente à celui des bâtisseurs de rêve.
Le ton des mystiques errants, des vagabonds de Dieu est trouvé.
L’état organisé ne s’accorde pas, dans ce sens-là, à l’état premier ou état de nature.
Toute programmation arrête le chemin de l’idée.
Les enfances de l’homme ne sont pas des enfances
de décision : elles cherchent et se cherchent.
Quelle est la part de notre nuit que nous pouvons assumer ?
Et quelle est la part qu’il nous faut rejeter ?
La verticalité du pouvoir n’épargne rien ni personne,
pas même ce que l’on sait ou croit savoir des civilisations
qui errent, se querellent dans un coin de la nuit.
Pourquoi faudrait-il se sentir coupable d’aimer avant, ailleurs l’aurore de vie ?
Où est l’image présente d’un Dieu pressenti ?
En nous ou en dehors de nous ?
Les étoiles et les dieux, ça ne se définit pas, ça se ressent.
C’est comme le moment hasardeux d’un plaisir qui me revient au petit matin
quand je me perds pour mieux me retrouver dans la forêt de tes cheveux.
Il y a quelque chose de merveilleux
dans la caresse inexpérimentée, inoffensive
de ce mouvement du cœur, qui pourra
peut-être briser l’horreur du quotidien.
Déjà le soleil de l’imagination poétique accourt à la rescousse.
Et voici qu’un reflet deviné de l’île-sœur tend vers l’inaccessible.
C’est ici qu’une voyageuse secrète me pousse
vers l’en-dedans mouillé de pleurs, mais qui sait ?
La poésie est autre chose que ce que j’écris.
Le sens de la visiteuse de lumière est d’être
beaucoup plus que la visiteuse de lumière.
A partir de là, il n’y a qu’un pas jusqu’à l’élan d’amour incontrôlé.
Pas un instant je ne songe à me retirer,
puisque je te regarde et te respire.
Je comprends mieux à présent pourquoi les lumières
de la nuit sont parsemées d’ombres du jour.
Un adulte écrit un poème, mais un enfant vit dans la poésie.
C’est lui qui arrive le premier au milieu de l’île.
Le message métaphysique, sincèrement métaphysique
de l’enfance est ce qu’il y a de plus important et de décisif.
Text/Photography : Claude4268
Music by YouTube Audio Library
Title : Twin Lynches
Artist : Density and Time