Les courses dans l’île
J’écoute « Time on my hands », revêtu de ce langage beau et noir de la pluie d'un soir.
Les chemins d’idées entre les doigts de keith Jarrett multiplient les points de partage
entre l’ici révulsif et l’ailleurs fascinant d’un visage opalescent de la lune.
Mes yeux se collent à la lucarne d’un grenier d’enfance aux poutres merveilleuses.
Ce sont les images et les imaginaires de mon nid solitaire une heure avant l’aube.
L’ordre anarchique de ma chambre reflète quelque rêve vague d’une île à la mer.
Je retrouve sous la pensée infatigablement rebelle de cette île sauvage, affranchie
de toute superbe régionaliste, le grand retour enivrant des premiers désirs.
La plage avait des sexes bruns qui donnaient à la blancheur fugace
de la lumière le lys noir de toutes les utopies et de toutes les jouissances.
Il n’y avait que des êtres jeunes et beaux abandonnés en un bref été
à l’éclat complètement inconnu d’une tendre passion.
Les courses dans l’île ayant été interrompues hâtivement,
l’ensorcellement n’avait pas eu le temps d’avoir sa fleur de péché.
Oh ! J’avais des idées noires comme mon drapeau.
Et je sens que je n’en ai pas terminé avec cette perspective utopique.
Je réentends l’espoir dans l’expression d’un songe rationalisé.
Cette apparence fragile est là, comme un instant d’alcool utopique.
L’amertume et la violence de la bière provoquent des expressions différentes.
J’expérimenterai la fièvre de toutes les magies de ce démon.
Les courses dans l’île, c’est ce qui protège
pour toujours la virginité de l’innocence maladroite.
Les êtres désespérés sont de partout,
parce qu’ils ne savent pas reconnaître
la grande ivresse qui unit la sensualité
des heures troubles à cette ombre du néant.
« Va-t-en, laisse-moi seul », semble dire
ce moment unique où habite l’absence de signification.
Ce monde est en partie de chair, en partie de lumière.
Il y a un incroyable glissement du charnel dans le sacré,
et dans la sensation du surnaturel, un plus incroyable encore.
C’est pourquoi nous sommes appelés à rendre le métaphysique physique.
Courez, dessins des collines sur l’horizon, ce sont vos courses dans l’île.
Courez le plus vite possible sur les vastes étendues inexplorées
et sur les dessins d’enfant de l’autre monde.
Avons-nous vraiment envie de la présence de l’éternel en l’homme ?
Avant ou après l’envulvement ?
Il n’y a qu’un seul instant merveilleux,
c’est celui qui précède l’instant de création
et non l’inverse.
La grande chaleur envahit peu à peu la vie démesurément nomade
de l’île aux mille visages, puis la chair en sueur au bord des lèvres secrètes.
C’est pour ce moment-là, que j’aime la permanence de l’acte charnel,
par quoi je sens le vertige d’un rouge rêve réveil.
Je ne dirai plus rien de ce monde immonde de la loi et de la foi.
Véritable égout à ciel ouvert sous l’apparence trompeuse du bon goût.
Je ne voyais que des déjections contre l’inhabituel.
Les cruautés du passé se regardaient dans les brumes du futur redoutable.
Les conventions ne firent tout cela que par lassitude.
Je vais me mettre en-dehors, toujours en marge.
Mon périple dans l’île passe nécessairement par le refus de la règle.
L’obscure plage d’elle préfère rester telle qu’elle est, afin que chacun
se presse d’affirmer la conjonction de l’attirance et de la répulsion.
Et je me dis aussitôt qu’il y a encore bien des réserves de tendre
dans l’encerclement de l’onde.
Le rêve m’est restitué avec l’étonnement sceptique des murs de mots
alternant avec la confusion des mots de murs et la peur de l’ombre totale.
Ainsi le territoire de l’imaginaire subversif touche au sublime,
puisqu’il est l’expression pure de la sublime délinquance de l’amour fou.
Au cours de cette longue marche qui les entraîne Jusqu’aux confins du vrai monde,
les chercheurs de mers deviennent des appeleurs d’îles.
Voici l’image blanche de celles qui arrivent,
qui ne peuvent pas ne pas venir,
qui peut-être sont déjà venues
dans une infinité d’images imaginées.
L’île et une mer, une mer et l’île,
les deux sont indissolublement liées,
l’écoute et la parole en cercle.
Text/Sculpture/Photography : Claude4268
Music by YouTube Audio library
Title : Videodrome
Artist : National Sweetheart