La longue traversée
Un soir, j’attendais l’autobus à Saint-Etienne, j’allais à une tertulia,
pour chercher des pages de l’océan noir lautréamontien, et collecter
des angoisses communicables et des découragements.
Cela a de quoi surprendre.
C’est parce que je n’ose pas dire le côté obscur de la force,
échappé tant bien que mal à l’eau de mon autre mère la mer,
pour ne pas dire le mystère de l’eau amniotique.
Il nous faut retrouver le lien émané d’En-Dedans.
L’eau bleue d’un lac de montagne vient peut-être
d’un autre premier commencement de l’humanité,
tout près des sensations pures des nomades du Temps du Rêve,
de l’introspection méditative et de l’intuition fondatrice de l’Être.
Le goût de l’éternité, de l’infini, de la lumière des divines caresses
ne cesse de me poursuivre, jusqu’au moment où je me brûle dans l’infini bleu
des caves à bière où l’on respire les soleils nocturnes les plus invraisemblables.
Il est des nuits, pourtant, où je rêve pour oublier que je rêve.
Mais je veux surtout remonter vers la source d’un être à l’âme d’enfant.
Le côté magnifique du voyage n’est plus extérieur, mais interne :
une course éperdue à travers chants d’amour touche à la métaphysique.
Il y a peut-être un éclat d’indicible dans cette informulable, incommunicable blessure.
Il n’y avait qu’un immense bleu.
Mon objectif c’est d’abord d’aboutir à la mer unie
première-dernière et à la délicieuse cicatrice.
Si le voyage intérieur recrée l’en-bleu d’un envulvement,
ne faudra-t-il pas attendre longtemps avant qu’il fasse noir,
avant qu’il fasse peur ?
Mort-mère reçue, acceptée ou subie.
Mère, ma mère perdue et retrouvée
dans une hanche ou ce menton, et bien des secrets.
La force magique de cette douloureuse absente est une force vague et obscure
car elle peut être à la fois un moment tendre et décalé.
Parfois dans une infinité de mondes, je m’endors au soleil.
Voilà ce que c’est, l’éclat du corps.
Presque toutes les fraîches pensées ont leur origine
dans la douceur de l’air ; mais je suis pris au piège d’Amarna,
à l’image de ses rayons prolongés par des mains protectrices.
Je rends souvent visite à la mort du feu et y embrasse l’étroitesse,
la médiocrité du labyrinthe, puis une force de propulsion m’amène
Jusqu’à la présence immense de l’invisible, de l’incommunicable.
Mort ou transition ?
L’inconnu est la plus redoutable des peurs.
Aussi bien, les passagers de la nuit pourraient-ils dire
qu’ils sont les témoins attentifs de l’invisible,
sachant que le matin crépusculaire lui-même
cherchait avant ailleurs l’aurore de vie,
comme issue du lieu de l’émergence.
Nos chemins émergent sans doute de derrière ce même groupe de lumières.
Je glisse avec toi dans l’ombre bleue.
Je garde le souvenir de la plage de Barcaggio,
où nous traquions le bleu lumineux au bout des voies de la nuit.
Corsitude
Ici, la solitude de l’aube est une volonté d’indépendance.
La traversée du poème sera à la fois merveilleuse et terrifiante.
D’où vient le chemin de cette île vers le mystère sublime de l’aube ?
La visiteuse de lumière est née d’une obscure plage incandescente.
Où, quand, comment ?
Là encore, aucune réponse n’est possible.
La porte bleue de l’espace est celle des désirs et des plaisirs perdus.
Dans tout rectangle de nuit bleue sommeille toujours
une errance romantique et sensuelle égarée hors des villes et des cloisons.
La nuit, le nom seul fait déjà rêver.
En elle, l’innocence et la perversité se mêlent.
La longue traversée est issue directement des remous de chair ouverte.
« Fais ce qu’on te reproche, disait Jean Cocteau, car ce qu’on te reproche c’est toi. »
L’individu est une somme d’expériences expérimentales ontologiques.
La tristesse de l’amour suit les différents moments du nuage nomade.
Mais je veux surtout faire l’amour à une douce et triste fille du bord de mer.
Les yeux de la rue frustrés, humiliés par leur hiérarchie imbécile se trompent.
Le soleil ne s’ouvre pas n’importe où.
L’aube n’entre pas dans le labyrinthe.
Je rêve que je rêve.
Est-ce une hallucination ?
Je rêve ton rêve quand le plaisir teinté d’innocence troue ton ventre.
Le milieu aquatique y est partout présent.
Corsica !
N’est-ce pas là qu’elle est déjà île et étoile où s’effleurir ?
Île ou étoile, d’un côté comme de l’autre
il y a toujours un franchissement de l’intervalle possible.
Text/Photography : Claude4268
Music by YouTube Audio Library
Title : Milky Way
Artist : John Patitucci